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Rima Hassan : une eurodéputée LFI entre radicalité militante et controverses politiques

Rima Hassan : une eurodéputée LFI entre radicalité militante et controverses politiques

En juin 2024, Rima Hassan est devenue la première eurodéputée franco-palestinienne de l’histoire, élue sous les couleurs de La France Insoumise (LFI). Son parcours, marqué par un engagement sans concession pour la cause palestinienne, a rapidement fait d’elle l’une des figures les plus clivantes du paysage politique français. Entre soutien affiché au mouvement BDS, déclarations chocs sur Israël et accusations répétées d’antisémitisme, son mandat européen s’annonce comme un champ de mines idéologique. Retour sur une trajectoire qui interroge les limites du débat démocratique et la responsabilité des élus dans un contexte géopolitique explosif.

Une ascension fulgurante dans l’ombre de la radicalité

Née en 1992 dans un camp de réfugiés palestiniens en Syrie, Rima Hassan incarne une génération marquée par l’exil et la lutte pour la reconnaissance nationale. Son engagement politique prend forme en France à travers le collectif *Action Palestine France*, qu’elle cofonde en 2018, et son adhésion au mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), qui vise à isoler économiquement Israël. Ces positions, déjà controversées, trouvent un écho particulier après les attaques du 7 octobre 2023 perpétrées par le Hamas.

C’est à ce moment que Rima Hassan franchit un cap. Lors d’un rassemblement en Jordanie en novembre 2023, elle qualifie ces attaques de *« légitimes »*, refusant dans le même temps de qualifier le Hamas d’organisation terroriste. Ces propos, filmés et largement diffusés, lui valent une convocation par la police française pour *« apologie du terrorisme »* et l’annulation de plusieurs interventions publiques. Pourtant, loin de se rétracter, elle persiste, affirmant que *« la résistance palestinienne est un droit »*, une rhétorique qui brouille délibérément la frontière entre militantisme et soutien à des actes violents.

Un discours essentialiste et binaire

Le positionnement de Rima Hassan repose sur une grille de lecture manichéenne du conflit israélo-palestinien, réduisant ce dernier à une opposition entre *« colonisateurs »* et *« colonisés »*. Cette approche, théorisée par certains courants postcoloniaux, occulte volontairement la complexité historique et géopolitique de la région. En refusant de condamner le Hamas, elle nie par exemple le caractère terroriste d’une organisation classée comme telle par l’Union européenne, les États-Unis et la France, tout en minimisant les exactions commises contre des civils israéliens.

Son slogan *« From the river to the sea, Palestine will be free »*, régulièrement scandé lors de ses interventions, est particulièrement révélateur. Pour ses détracteurs, cette formule équivaut à un appel à la disparition d’Israël en tant qu’État juif, une interprétation renforcée par ses déclarations selon lesquelles *« Israël ne survivra pas 100 ans »*. Ces prises de position, loin de proposer une solution pacifique, alimentent une logique de confrontation permanente.

Antisémitisme et théories complotistes : les dérives d’un engagement

Les polémiques autour de Rima Hassan ne se limitent pas à son soutien au Hamas. Plusieurs de ses déclarations ont été qualifiées d’antisémites par des organisations juives et des responsables politiques de tous bords. En 2024, elle reprend à son compte une théorie complotiste largement diffusée dans les milieux extrémistes, selon laquelle *« les Juifs contrôleraient la politique française »*. Ces propos, tenus lors d’une réunion publique, ont été relayés par le *Times of Israel* et condamnés par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF).

Plus troublant encore, elle a comparé les *« sionistes »* aux nazis, déclarant : *« Aux sionistes qui me lisent, je veux leur dire : vous êtes pour nous ce que les nazis étaient pour vous »*. Une analogie historique non seulement outrancière, mais aussi profondément insultante pour les victimes de la Shoah et leurs descendants. Ces comparaisons, qui banalisent la souffrance des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, s’inscrivent dans une stratégie de victimisation systématique des Palestiniens, où toute critique d’Israël est présentée comme une persécution.

La minimisation des crimes du Hamas

Un autre aspect problématique de son discours réside dans sa tendance à occulter ou à justifier les exactions commises par le Hamas. En décembre 2023, elle nie ainsi l’assassinat de la famille Bibas, dont les corps ont pourtant été retrouvés dans les décombres de Gaza. Cette négation des faits, couplée à une rhétorique de déni, rappelle les mécanismes de propagande utilisés par certains régimes autoritaires pour réécrire l’histoire.

Son refus de voter une résolution du Parlement européen demandant la libération de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, emprisonné en Algérie pour ses prises de position critiques envers le régime, soulève également des questions sur sa cohérence en matière de droits humains. Comment justifier un engagement pour la Palestine tout en fermant les yeux sur les violations commises par d’autres États autoritaires ?

Une eurodéputée sous le feu des critiques

Depuis son élection, Rima Hassan cristallise les tensions au sein même de la gauche française. Plusieurs élus socialistes et écologistes ont exprimé leur malaise face à ses positions, jugées incompatibles avec les valeurs républicaines. Le sénateur Laurent Duplomb (LR) a ainsi été traité d’« ordure » sur les réseaux sociaux après avoir critiqué ses prises de parole, une attaque personnelle qui illustre son manque de modération.

Son interdiction d’entrée en Israël en février 2025, motivée par son soutien aux boycotts anti-Israël et ses déclarations polémiques, a encore renforcé son image de militante radicale. Pourtant, loin de se remettre en question, elle a présenté cette décision comme une *« preuve de [son] engagement »*, transformant une sanction en trophée politique.

La radicalisation de La France Insoumise

L’arrivée de Rima Hassan au Parlement européen s’inscrit dans une stratégie plus large de LFI, qui cherche à capter l’électorat pro-palestinien en adoptant un discours de plus en plus intransigeant. Jean-Luc Mélenchon, leader du parti, a lui-même été critiqué pour ses ambiguïtés sur la question, notamment après avoir qualifié les attaques du 7 octobre de *« révolte »* plutôt que d’actes terroristes.

Cette radicalisation pose un problème démocratique majeur. En refusant toute nuance sur le conflit israélo-palestinien, Rima Hassan et ses soutiens contribuent à polariser le débat public, rendant toute discussion apaisée impossible. Leur rhétorique, qui essentialise les identités et diabolise l’adversaire, rappelle les pires heures des discours de haine en Europe.

Un projet politique incompatible avec la paix ?

Le projet défendu par Rima Hassan – une solution à un seul État binational démocratique – est présenté comme une alternative à la solution des deux États. Pourtant, cette proposition se heurte à plusieurs réalités :

En refusant de reconnaître la légitimité d’Israël et en soutenant des mouvements comme le Hamas, Rima Hassan s’inscrit dans une logique de confrontation plutôt que de paix. Son discours, qui nie toute responsabilité palestinienne dans l’échec des négociations, enferme la cause qu’elle défend dans une impasse.

Conclusion : une figure symptomatique des dérives du débat public

Rima Hassan incarne une tendance inquiétante de la vie politique française : la montée en puissance de discours radicaux, où l’émotion prime sur la raison et où la complexité des enjeux est sacrifiée au profit de slogans simplistes. Son parcours interroge la capacité des démocraties à intégrer des voix extrêmes sans se laisser submerger par leurs excès.

Si son engagement pour la Palestine mérite d’être entendu, ses méthodes – minimisation des crimes du Hamas, théories complotistes, attaques personnelles – discréditent la cause qu’elle prétend défendre. En refusant toute autocritique et en alimentant les divisions, elle contribue à un climat de haine qui dessert autant les Palestiniens que les Israéliens.

Dans un contexte où les tensions communautaires sont déjà vives, les responsables politiques ont une responsabilité particulière : celle de privilégier le dialogue à la provocation, la nuance à la radicalité. À ce titre, Rima Hassan représente moins une solution qu’un symptôme des fractures qui traversent notre société.

Pour aller plus loin :

Sources :

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