Le 13 février 2026, Friedrich Merz a prononcé un discours marquant à la Conférence sur la sécurité de Munich, posant les bases d’une nouvelle doctrine allemande en matière de défense et de relations transatlantiques. Entre appel à une Europe plus autonome et réaffirmation du lien avec les États-Unis, ses propositions soulèvent des questions cruciales pour l’avenir de la cohésion européenne. Ce positionnement, à la fois ambitieux et prudent, reflète les tensions internes de l’Allemagne et les défis d’une Union européenne en quête de souveraineté.

Une doctrine allemande en quatre piliers

Le chancelier a structuré son intervention autour de quatre axes majeurs, dessinant une feuille de route pour l’Allemagne et, par extension, pour l’Europe. Ces propositions s’inscrivent dans un contexte géopolitique tendu, marqué par la guerre en Ukraine, les pressions américaines et les divisions internes à l’UE.

1. Un renforcement militaire sans précédent

Merz a annoncé un investissement massif dans la défense allemande, avec l’objectif de consacrer 5 % du PIB à la sécurité, conformément aux engagements de l’OTAN. Cette décision, qui s’ajoute aux centaines de milliards d’euros déjà mobilisés, vise à moderniser l’armée allemande et à en faire un pilier de la défense européenne. Le chancelier a insisté sur la nécessité de combler les lacunes capacitaires, notamment en matière de cyberdéfense, de renseignement et de projection de forces.

Exemple concret : L’Allemagne prévoit d’acquérir des systèmes de défense aérienne supplémentaires et de renforcer sa flotte de drones, tout en accélérant la production d’équipements militaires sur son sol.

2. Une réforme de l’UE par l’Europe à plusieurs vitesses

Le discours de Merz a relancé le débat sur une Europe différenciée, où les États membres avanceraient à des rythmes différents selon leurs capacités et leurs ambitions. Cette approche, déjà évoquée par le passé, permettrait aux pays les plus engagés (comme l’Allemagne, la France ou les pays baltes) de coopérer plus étroitement en matière de défense, de technologie ou d’énergie, sans être freinés par les réticences des autres.

Risque : Une telle dynamique pourrait creuser les fractures au sein de l’UE, en marginalisant les États moins enclins à s’engager dans des projets communs, comme la Hongrie ou la Slovaquie.

3. Un partenariat transatlantique rénové

Merz a reconnu l’existence d’un "gouffre" entre l’Europe et les États-Unis, tout en affirmant que la coopération restait indispensable. Son discours a mis en avant la nécessité de rééquilibrer la relation transatlantique, en réduisant la dépendance européenne tout en maintenant un lien fort avec Washington. Cette position reflète les tensions actuelles, notamment avec l’administration américaine, qui exige une plus grande contribution européenne à la défense collective.

Citation clé :

*« L’Europe doit assumer davantage de responsabilités, mais sans affaiblir le lien avec les États-Unis. »*

4. Une diversification des partenariats stratégiques

Enfin, le chancelier a plaidé pour une ouverture accrue de l’Europe vers d’autres acteurs mondiaux, comme l’Inde, le Japon ou les pays africains. Cette stratégie vise à réduire la dépendance vis-à-vis des États-Unis et de la Chine, tout en renforçant l’influence européenne sur la scène internationale.

Un discours aux implications contrastées pour l’Europe

Les propositions de Friedrich Merz soulèvent des questions fondamentales pour la cohésion européenne et la construction d’une défense commune. Si certaines mesures pourraient renforcer l’UE, d’autres risquent d’accentuer ses divisions.

Les atouts : vers une Europe plus souveraine ?

✅ Renforcement de l’autonomie stratégique : L’investissement allemand dans la défense et la proposition d’une dissuasion nucléaire européenne (en discussion avec la France) pourraient accélérer la création d’une Europe de la défense. Cela répondrait à une demande croissante des citoyens européens, qui souhaitent une UE plus capable de se protéger seule.

✅ Modernisation des armées européennes : Les engagements financiers de l’Allemagne pourraient inciter d’autres pays à suivre son exemple, notamment en matière de production d’armements ou de coopération industrielle. Cela pourrait réduire la fragmentation actuelle des capacités militaires européennes.

✅ Rééquilibrage transatlantique : En affirmant que l’Europe doit prendre ses responsabilités, Merz envoie un signal fort aux États-Unis, tout en rassurant sur la pérennité du partenariat. Cette approche pourrait apaiser les tensions avec Washington, tout en donnant à l’UE une marge de manœuvre accrue.

Les risques : des fractures européennes persistantes

❌ Une Europe à plusieurs vitesses : La proposition d’une intégration différenciée pourrait marginaliser les États moins engagés, comme la Hongrie ou la Pologne, qui pourraient se sentir exclus des décisions stratégiques. Cela risquerait d’affaiblir la solidarité européenne, déjà mise à mal par les crises migratoires et économiques.

❌ Dépendance maintenue à l’OTAN : Malgré les appels à l’autonomie, Merz a réaffirmé l’importance de l’Alliance atlantique. Cette position pourrait limiter les ambitions d’une défense européenne indépendante, en maintenant l’UE dans un rôle de partenaire junior des États-Unis.

❌ Divergences franco-allemandes : Les discussions confidentielles sur une dissuasion nucléaire européenne pourraient raviver les tensions entre Paris et Berlin. La France, seule puissance nucléaire de l’UE, pourrait voir d’un mauvais œil une implication allemande dans ce domaine, perçue comme une remise en cause de son leadership.

Conclusion : un équilibre fragile entre autonomie et alliance

Le discours de Friedrich Merz illustre les dilemmes de l’Europe en matière de défense : comment concilier autonomie stratégique et dépendance transatlantique ? Comment renforcer la cohésion tout en acceptant des rythmes d’intégration différents ? Ses propositions, à la fois ambitieuses et prudentes, reflètent les contradictions d’une UE en quête de son rôle dans un monde multipolaire.

Pour les citoyens et les décideurs européens, ce débat est crucial. Il déterminera si l’UE parviendra à devenir un acteur géopolitique à part entière, ou si elle restera un partenaire secondaire des États-Unis. Une chose est sûre : l’avenir de la défense européenne se jouera dans les prochains mois, entre négociations franco-allemandes, réformes de l’OTAN et pressions américaines.

*Sources :*

  • [Le Grand Continent – Discours intégral de Friedrich Merz](https://legrandcontinent.eu/fr/2026/02/13/merz-munich-discours-integral/)
  • [France Inter – Analyse du discours de Merz](https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/entre-l-europe-et-les-etats-unis-il-s-est-creuse-un-gouffre-deplore-friedrich-merz-lors-de-la-conference-de-munich-7072189)
  • [RFI – Comparaison avec la position française](https://www.rfi.fr/fr/europe/20260213-conf%C3%A9rence-de-munich-emmanuel-macron-et-friedrich-merz-deux-m%C3%A9thodes-face-%C3%A0-donald-trump)
  • [TV5Monde – Analyse des implications pour l’Europe](https://information.tv5monde.com/international/conference-de-munich-pour-merz-meme-les-etats-unis-ne-seront-pas-assez-puissants-pour-faire-cavalier-seul-2809639)

Cédric