L’Europe souveraine selon Macron : un appel à l’autonomie stratégique face aux divisions t

L’Europe se trouve à un carrefour. Alors que la guerre en Ukraine entre dans sa troisième année sans perspective de résolution, les appels à une refonte de l’architecture de sécurité européenne se multiplient. Lors de la clôture de la première journée du sommet européen du 13 février 2026, Emmanuel Macron a livré un discours ambitieux, plaidant pour une Europe "souveraine et fière", capable de définir seule ses priorités stratégiques. Entre rejet des dépendances américaines, soutien indéfectible à l’Ukraine et relance de la coopération industrielle, le président français a dessiné les contours d’une vision audacieuse. Mais cette position tranche avec celle, plus prudente, du chancelier allemand Olaf Scholz. Qui a raison ? Et pourquoi la France semble-t-elle, cette fois, mieux armée pour incarner le leadership européen ?

Une Europe souveraine : le défi de l’autonomie stratégique

Sortir de la dépendance transatlantique

Macron a été clair : l’Europe ne peut plus se contenter d’être un "suiveur" des États-Unis en matière de sécurité. *"Nous devons être fiers de notre modèle européen et ne pas nous laisser caricaturer. L’Europe doit écrire son propre récit"*, a-t-il déclaré, soulignant l’urgence de construire une autonomie stratégique européenne. Cette position n’est pas nouvelle – elle s’inscrit dans la continuité de ses discours depuis 2017 –, mais elle prend une résonance particulière dans un contexte marqué par les incertitudes américaines.

Les élections de 2024 aux États-Unis, avec la possible réélection de Donald Trump, ont ravivé les craintes d’un désengagement américain en Europe. Trump a déjà menacé de réduire l’aide à l’Ukraine et de remettre en cause l’OTAN, laissant planer le spectre d’une Europe livrée à elle-même. Face à ce risque, Macron propose de renforcer la Base Industrielle et Technologique de Défense Européenne (BITDE) et de bâtir un "pilier européen" au sein de l’OTAN, sans pour autant rompre avec Washington. L’objectif ? Éviter une dépendance excessive tout en maintenant une alliance solide.

La BITDE : un levier pour l’indépendance industrielle

Le président français a insisté sur les retards accumulés par l’Europe dans la production d’armements, citant en exemple les difficultés à fournir suffisamment de munitions à l’Ukraine. Pour y remédier, il a appelé à une coordination accrue des achats militaires entre États membres et à une mutualisation des capacités industrielles. Les projets franco-allemands, comme le SCAF (Système de Combat Aérien du Futur), sont présentés comme des modèles, même si leur mise en œuvre reste semée d’embûches.

Cette approche contraste avec la prudence allemande. Scholz, soucieux de ne pas froisser les États-Unis, a jusqu’ici privilégié une approche atlantiste, misant sur le renforcement des liens avec l’OTAN plutôt que sur une autonomie européenne. Pourtant, comme le souligne Macron, cette stratégie expose l’Europe à des risques majeurs : que se passera-t-il si les États-Unis décident de réduire leur engagement militaire ? L’Europe doit-elle attendre passivement une décision de Washington pour agir ?

Ukraine et Russie : la fermeté face aux divisions occidentales

Un soutien sans faille à Kiev

Macron a réaffirmé son rejet de toute concession à Moscou, insistant sur la nécessité de "force et ténacité" pour soutenir l’Ukraine. Cette position tranche avec les débats qui agitent l’Occident, où certains pays, comme la Hongrie ou la Slovaquie, prônent une approche plus conciliante. Sans nommer explicitement les États-Unis, le président français a critiqué les divisions transatlantiques sur la stratégie à adopter, soulignant que l’Europe ne peut se permettre de montrer des signes de faiblesse.

Là encore, la différence avec l’Allemagne est notable. Scholz, bien que soutenant l’Ukraine, a adopté une posture plus mesurée, évitant les déclarations trop belliqueuses. Cette prudence s’explique en partie par la dépendance énergétique historique de l’Allemagne vis-à-vis de la Russie, mais aussi par une culture stratégique moins interventionniste. Pourtant, comme le rappelle Macron, la fatigue occidentale face à la guerre en Ukraine ne doit pas conduire à des compromis hâtifs. Une victoire russe aurait des conséquences désastreuses pour la sécurité européenne.

Le spectre de Trump et l’urgence d’agir

La possible réélection de Donald Trump en 2024 pèse lourdement sur les discussions. Trump a déjà laissé entendre qu’il pourrait réduire l’aide militaire à l’Ukraine, voire pousser Kiev à négocier avec Moscou. Face à ce scénario, Macron appelle l’Europe à se préparer à agir seule, sans compter sur un soutien américain inconditionnel. Cette vision proactive est essentielle : si l’Europe veut peser dans les négociations futures, elle doit démontrer sa capacité à défendre ses intérêts, avec ou sans Washington.

Macron vs Scholz : qui a raison ?

La France, championne de l’autonomie stratégique

Macron a raison sur un point fondamental : l’Europe ne peut plus se contenter d’être un acteur secondaire dans sa propre sécurité. Sa vision d’une Europe souveraine, capable de définir ses priorités et de mobiliser ses ressources industrielles, est la seule réponse crédible aux défis actuels. En misant sur la BITDE et la coopération franco-allemande, il propose une feuille de route concrète pour réduire les dépendances et renforcer la résilience européenne.

L’Allemagne, entre atlantisme et prudence

Scholz, en revanche, incarne une approche plus traditionnelle, où l’OTAN reste le pilier central de la défense européenne. Cette posture, bien que compréhensible au regard de l’histoire allemande, présente des limites. En cas de désengagement américain, l’Europe se retrouverait vulnérable, sans les moyens industriels et stratégiques pour assurer sa sécurité. La prudence allemande, si elle évite les tensions avec Washington, risque de laisser l’Europe dans une position de faiblesse.

Le SCAF : symbole des divergences franco-allemandes

Le projet du SCAF, avion de combat du futur, illustre parfaitement ces divergences. Alors que la France y voit un outil d’autonomie stratégique, l’Allemagne le considère davantage comme un projet industriel parmi d’autres, sans nécessairement en faire un levier de souveraineté. Ces différences de vision expliquent les retards et les tensions autour du programme, mais aussi la nécessité d’un leadership fort pour les surmonter.

Conclusion : vers une Europe enfin adulte ?

Le discours de Macron du 13 février 2026 marque une étape importante dans la construction d’une Europe souveraine. En appelant à une autonomie stratégique, en rejetant les dépendances et en insistant sur la nécessité de soutenir l’Ukraine, le président français dessine une voie ambitieuse. Face à lui, Scholz incarne une approche plus prudente, mais aussi plus risquée, dans un contexte géopolitique incertain.

L’Europe a aujourd’hui le choix : rester un acteur passif, dépendant des décisions américaines, ou prendre son destin en main. La vision de Macron, si elle est ambitieuse, est la seule qui permette à l’Europe de jouer un rôle à la hauteur de ses ambitions. À l’heure où les équilibres mondiaux se recomposent, l’Union européenne doit choisir entre la peur et l’audace. Le discours du 13 février 2026 pourrait bien être le premier pas vers une Europe enfin adulte.

*Sources :*

  • [Discours d’Emmanuel Macron – 13 février 2026 (Elysée)](https://www.elysee.fr)
  • [Déclaration conjointe franco-allemande sur le SCAF (Ministère des Armées)](https://www.defense.gouv.fr)
  • [Analyse des positions allemandes sur la défense européenne (IFRI)](https://www.ifri.org)
  • [Rapport sur la Base Industrielle et Technologique de Défense Européenne (Commission européenne)](https://ec.europa.eu)

Cédric