
L’Europe traverse une période charnière. Entre la guerre en Ukraine, les tensions géopolitiques mondiales et la concurrence économique acharnée des États-Unis et de la Chine, l’Union européenne (UE) doit repenser ses priorités pour assurer sa résilience et son autonomie stratégique. Les débats qui se sont tenus lors de la session plénière du Parlement européen à Strasbourg, du 9 au 12 février 2026, ont mis en lumière deux enjeux cruciaux : renforcer la compétitivité européenne et consolider la défense commune. Ces discussions, marquées par un sentiment d’urgence, révèlent une prise de conscience collective : l’Europe ne peut plus se contenter de réagir, elle doit anticiper et agir.
## Une compétitivité européenne à l’épreuve des rivalités mondiales
### Le marché unique, un atout à consolider
Le marché unique, souvent présenté comme l’une des plus grandes réussites de l’UE, reste un levier essentiel pour stimuler la croissance et l’innovation. Pourtant, face aux subventions massives des États-Unis (via l’*Inflation Reduction Act*) et aux investissements colossaux de la Chine dans les technologies clés, l’Europe peine à maintenir son avantage concurrentiel. Les députés européens ont souligné la nécessité d’approfondir ce marché, notamment en supprimant les barrières administratives et en harmonisant les règles fiscales et sociales entre les États membres.
Un exemple concret : le projet de « 28e régime », adopté lors de cette session plénière, vise à créer un cadre juridique unique pour les entreprises innovantes. Ce dispositif permettrait aux start-ups et aux PME de bénéficier d’un environnement réglementaire simplifié, favorisant ainsi les investissements transfrontaliers et l’émergence de champions européens. Comme l’a rappelé un député, *« l’innovation ne doit pas être freinée par des normes disparates d’un pays à l’autre »*.
### La transition écologique et numérique, un double défi
La compétitivité européenne passe aussi par sa capacité à mener de front la transition écologique et la révolution numérique. Le « Biotech Act », lancé lors de cette session, illustre cette ambition. Ce plan vise à renforcer la souveraineté européenne dans les biotechnologies, un secteur stratégique pour la santé, l’agriculture et l’industrie. En investissant dans la recherche et en soutenant les acteurs locaux, l’UE cherche à réduire sa dépendance aux importations de produits critiques, comme les médicaments ou les semences.
Parallèlement, les députés ont insisté sur l’importance de Horizon Europe, le programme de recherche et d’innovation de l’UE, dont le budget a été augmenté pour 2026. Avec 100 milliards d’euros alloués sur sept ans, ce programme doit permettre à l’Europe de rester à la pointe des technologies vertes et numériques, tout en créant des emplois hautement qualifiés.
### Un budget 2026 tourné vers l’avenir
Le budget adopté pour 2026 reflète ces priorités. Contrairement aux propositions initiales du Conseil, qui envisageaient des coupes dans les financements, le Parlement a obtenu une augmentation des crédits pour :
- La recherche et l’innovation (via Horizon Europe).
- Les infrastructures transfrontalières, essentielles pour la cohésion territoriale.
- La mobilité militaire, dans un contexte de tensions géopolitiques accrues.
- Les PME et les agriculteurs, secteurs clés pour la résilience économique.
Ce budget marque une rupture avec les approches passées, en plaçant la compétitivité et la préparation aux crises au cœur des dépenses européennes. Comme l’a déclaré un député, *« investir aujourd’hui, c’est éviter de payer plus cher demain »*.
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## La défense européenne, une nécessité face à un monde instable
### Un environnement géopolitique sous tension
La guerre en Ukraine, les menaces hybrides (cyberattaques, désinformation) et les rivalités entre grandes puissances ont rappelé à l’Europe qu’elle ne pouvait plus compter uniquement sur l’OTAN ou les États-Unis pour assurer sa sécurité. Les débats au Parlement européen ont mis en avant la nécessité de renforcer la dissuasion militaire et de développer une industrie de défense autonome.
Un rapport adopté lors de cette session plénière souligne l’urgence de coordonner les efforts entre États membres pour éviter les duplications et optimiser les dépenses. Actuellement, l’Europe dépense près de 200 milliards d’euros par an pour sa défense, mais seulement 11 % de ces dépenses sont mutualisées. À titre de comparaison, les États-Unis consacrent 3,5 % de leur PIB à la défense, contre 1,5 % en moyenne pour l’UE.
### La stratégie industrielle de défense (EDIS) : vers une autonomie stratégique
Pour réduire sa dépendance aux fournisseurs extérieurs (notamment américains), la Commission européenne a présenté une stratégie industrielle de défense (EDIS). Ses objectifs sont ambitieux :
- 50 % des achats de défense réalisés au sein de l’UE d’ici 2030 (contre 18 % aujourd’hui).
- 40 % des achats effectués de manière collaborative entre États membres.
- Soutenir les PME et les start-ups spécialisées dans les technologies de défense.
Cette stratégie s’accompagne d’un appel à une « préférence européenne » dans les dépenses publiques, notamment pour les équipements militaires. Comme l’a expliqué un expert lors des débats, *« acheter européen, c’est soutenir nos industries, nos emplois et notre autonomie »*. Pourtant, cette approche suscite des débats : certains craignent une fragmentation du marché, tandis que d’autres y voient une opportunité de renforcer la base industrielle européenne.
### Le rôle de la BCE dans la stabilité économique et sécuritaire
La Présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a participé aux discussions pour rappeler le lien entre stabilité des prix et sécurité économique. Dans un contexte marqué par les conflits et les chocs énergétiques, la BCE doit adapter sa politique monétaire pour soutenir la compétitivité européenne sans alimenter l’inflation.
Les députés ont insisté sur la nécessité d’une coordination entre politiques monétaires et budgétaires, afin d’éviter les déséquilibres entre États membres. Comme l’a souligné Lagarde, *« une Europe forte économiquement est une Europe plus résiliente face aux crises »*.
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## Vers une Europe plus souveraine et plus unie ?
### Les défis à relever
Si les avancées récentes sont encourageantes, plusieurs obstacles persistent :
- La fragmentation des marchés : malgré le marché unique, les différences réglementaires et fiscales entre États membres freinent les investissements transfrontaliers.
- Le manque de coordination en matière de défense : les réticences de certains pays à mutualiser leurs dépenses militaires ralentissent les progrès.
- La concurrence des grandes puissances : les subventions américaines et chinoises créent un déséquilibre que l’UE doit compenser par des politiques industrielles ambitieuses.
### Les opportunités à saisir
Pourtant, l’Europe dispose d’atouts majeurs :
- Une base industrielle solide, notamment dans les secteurs de la défense, de l’aéronautique et des technologies vertes.
- Un marché de 450 millions de consommateurs, attractif pour les investisseurs.
- Une tradition de coopération, comme en témoignent les succès d’Airbus ou de Galileo.
En renforçant sa compétitivité et sa défense, l’UE peut non seulement protéger ses intérêts, mais aussi jouer un rôle plus actif sur la scène internationale. Comme l’a rappelé un député lors des débats, *« l’Europe n’a pas le choix : soit elle se renforce, soit elle se fragmente »*.
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## Conclusion : l’Europe à l’heure des choix
Les débats du Parlement européen en février 2026 ont montré que l’UE est consciente des défis qui l’attendent. Entre compétitivité économique et renforcement de la défense, les priorités sont claires : investir dans l’innovation, harmoniser les règles, et mutualiser les efforts pour une Europe plus souveraine.
Ces mesures ne sont pas seulement des réponses à des crises immédiates, mais des fondations pour l’avenir. En soutenant ses entreprises, en protégeant ses citoyens et en affirmant son autonomie stratégique, l’Europe peut devenir un acteur incontournable dans un monde de plus en plus instable.
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Sources :
- [Parlement européen – Session plénière de février 2026](https://www.europarl.europa.eu/news/fr/agenda/plenary-news/2026-02-09)
- [Stratégie industrielle de défense (EDIS)](https://www.vie-publique.fr/en-bref/293269-ue-quelle-est-la-strategie-europeenne-pour-lindustrie-de-la-defense)
- [Budget 2026 de l’UE](https://www.europarl.europa.eu/news/fr/press-room/20251120IPR31500/meps-adopt-2026-eu-budget-focus-on-competitivite-research-and-security)
- [Biotech Act et souveraineté européenne](https://www.greentechjournal.fr/biotechnologies-bioeconomie-nouvel-elan-industriel-europe-2026/)