Oui à un rééquilibrage avec la Chine, non aux quotas négociés : des droits anti-subventions ciblés et l'innovation protègent mieux l'industrie européenne.
Le 23 octobre, à Dublin, les ministres du Commerce des Vingt-Sept ont demandé à la Commission d'aller au-delà des voitures hybrides : chimie, machines, agroalimentaire. Leur modèle est l'accord du 9 octobre avec Pékin, qui plafonne les hybrides chinois à 350 000 par an. Le déficit avec la Chine atteint 1 milliard d'euros par jour.
L'objectif est légitime : Pékin écoule en Europe des surcapacités subventionnées. Le vrai problème n'est pas de riposter, c'est l'instrument. Un quota négocié protège des positions, pas l'industrie.
Un quota rationne l'offre. Les prix montent, et la différence va à qui détient le droit de vendre : souvent l'exportateur lui-même, et les producteurs installés, soudain à l'abri. Rien ne revient au budget public. Pire, chimie et machines sont des intrants : les rationner renchérit les coûts de nos industriels. Et une part de marché garantie supprime la pression qui pousse à innover.
L'histoire l'a montré. En 1981, le Japon a accepté de limiter ses exportations de voitures vers les États-Unis. À partir des cours de bourse des constructeurs japonais, John Ries montre que leurs profits ont augmenté grâce à cette restriction (Journal of Industrial Economics, 1993). À l'inverse, sur les entreprises chinoises de 1998 à 2007, Aghion et coauteurs (American Economic Journal, 2015) établissent que les aides publiques stimulent la productivité lorsqu'elles entretiennent la concurrence et favorisent les entreprises jeunes.
On objectera que des usines ferment maintenant et qu'un droit de douane reste une barrière. C'est exact, et il faut riposter aux subventions. Mais un droit anti-subventions vise une aide prouvée, alimente le budget européen et peut être levé quand la distorsion cesse. Un quota, lui, fige les parts de marché et laisse la rente à ceux qui vendent.
Côté marché : des droits ciblés et temporaires plutôt que des quotas ; et si un quota devient inévitable, des licences d'importation vendues aux enchères, pour que la rente revienne au public. Côté public : affecter ces recettes aux personnes, via un Fonds européen d'ajustement à la mondialisation renforcé pour former et accompagner les salariés licenciés ; et à une agence européenne de type ARPA, finançant des équipes concurrentes dans la chimie propre et la robotique.
D'ici au sommet européen de décembre, la Commission veut présenter de nouveaux instruments commerciaux. Le choix est simple : taxer la distorsion, pas rationner la concurrence. Face à un capitalisme d'État, l'Europe gagnera par l'échelle et l'innovation.
Sources
- EU trade Chief seeks to rebalance EU-China trade as Brussels weighs tougher measures (Euronews – 2026-10-23)
- Windfall Profits and Vertical Relationships: Who Gained in the Japanese Auto Industry from VERs? (J. Ries, Journal of Industrial Economics, vol. 41, n° 3) (EconPapers (RePEc) – 1993)
- Industrial Policy and Competition (Aghion, Dewatripont, Du, Harrison, Legros ; version publiée dans American Economic Journal: Macroeconomics, 2015) (NBER – 2015-01)
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