Il faut garder la taxe de 2 % sur la trésorerie dormante des holdings : elle vise la rente, pas l’argent réinvesti dans les entreprises.
Le 30 octobre, Fitch a placé la note française (A+) sous perspective négative, en invoquant une détérioration de la dynamique de la dette. Le même jour, l’Insee annonçait un recul du PIB de 0,1 % au troisième trimestre. Les députés venaient de voter une recette : 2 % par an sur la trésorerie qui dort dans les holdings patrimoniales.
Le vrai débat n’est pas de savoir s’il faut faire contribuer les plus fortunés, mais sur quelle assiette. La taxe créée par la loi de finances pour 2026 vise les yachts ou les bijoux logés dans ces sociétés. Elle oublie la trésorerie, où s’accumulent les dividendes remontés des filiales.
Une holding sert à contrôler une entreprise et à y réinvestir. Mais les dividendes qu’elle place en comptes à terme ou en fonds échappent à l’impôt sur le revenu tant qu’ils ne sont pas distribués. C’est une rente : elle récompense la détention, pas la prise de risque. Or la croissance naît quand le capital va vers les nouveaux venus, pas quand il dort chez les installés.
Laurent Bach, Antoine Bozio, Arthur Guillouzouic et Clément Malgouyres l’ont mesuré en reliant les déclarations des ménages aux sociétés qu’ils contrôlent (CREST, 2025). Le taux d’imposition total tombe de 45 % au seuil des 0,1 % les plus aisés à 25 % pour les milliardaires, dont les impôts personnels pèsent environ 2 % du revenu. Le contrôle par chaînes de holdings y contribue.
On objectera que la trésorerie protège les entreprises familiales des coups durs. L’objectif est juste, et le texte en tient compte. Seules les holdings patrimoniales d’au moins 5 millions d’euros d’actifs sont visées. Sont exclus les participations d’au moins 5 % dans des sociétés qui produisent, les titres éligibles au PEA-PME, le capital-investissement et les sommes réinvesties sous trois ans dans une entreprise ou des logements loués.
Deux réglages l’amélioreraient. Côté marché, porter ce délai à cinq ans pour l’entrepreneur qui a cédé sa société, le temps de lancer le projet suivant ou de financer de jeunes pousses. Côté public, publier chaque année le rendement et les sommes réinvesties, et consacrer ce produit au désendettement et à la recherche.
Le gouvernement et le Sénat doivent garder cette taxe. Pour que la trésorerie ne passe pas la frontière, l’étape suivante est européenne, avec quelques pays volontaires. Taxer la rente, pas l’innovation : c’est ainsi qu’on redresse les comptes sans casser la croissance.
Sources
- Projet de loi de finances pour 2027 (n° 3210) – Amendement n° I-3807 (Adopté) (Assemblée nationale – 2026-10-10)
- Do Billionaires Pay Taxes? (L. Bach, A. Bozio, A. Guillouzouic, C. Malgouyres, CREST Working Paper 2025-11) (CREST, via IDEAS/RePEc – 2025)
- L'agence de notation Fitch maintient la note A+ de la France, mais abaisse sa perspective (franceinfo – 2026-10-30)
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