Oui à la sous-indexation graduée des pensions en 2027, à condition de renoncer au gel de la prime d'activité qui frappe les travailleurs modestes.

Le 23 octobre, l'Assemblée a rejeté le budget 2027 de la Sécurité sociale sans examiner en séance sa mesure la plus contestée : la sous-indexation des pensions. Seules celles de 1 260 euros ou moins (85 % du Smic net) resteraient pleinement revalorisées. Au-delà, hausse réduite, voire nulle : environ 4 milliards d'euros d'économies. Le Sénat reprend le texte le 9 novembre.

Le vrai clivage n'oppose pas retraités et actifs, mais revenus modestes et confortables, à tout âge. L'effort doit suivre le revenu, pas la date de naissance.

Le rapport 2026 du Conseil d'orientation des retraites le confirme. En 2023, le niveau de vie moyen des retraités, 2 473 euros mensuels par unité de consommation, équivalait à celui de l'ensemble de la population (2 468 euros) ; celui des moins de 30 ans était inférieur d'environ 10 % à la moyenne. Revalorisations aidant, celui des retraités atteindrait 103,2 % de la moyenne en 2025 et 2026.

Indexer toutes les pensions protège un statut plutôt que des personnes. Le retraité aisé est couvert comme le modeste, et la facture glisse vers ceux qui travaillent : cotisations ou déficit, donc une dette que rembourseront les plus jeunes. Chaque milliard ainsi dépensé manque à l'école et à la recherche. Or l'égalité des chances est une politique de croissance.

Les textes budgétaires commettent pourtant l'erreur inverse : ils gèleraient en 2027 la prime d'activité, versée à environ 4,6 millions de foyers, et les allocations familiales. L'effort retombe sur les salariés modestes et les familles, et le travail paie moins au bas de l'échelle.

On objectera que les retraités ont cotisé et qu'une pension de 1 500 euros n'a rien d'un privilège. C'est juste, d'où le plancher à 85 % du Smic, les paliers jusqu'à 2 000 euros et la garantie qu'aucune pension ne baissera. Mais refuser tout effort, c'est le reporter sur les actifs sans le dire.

Deux leviers. Côté public, voter l'article 35 et ses paliers pour 2027 seulement, avec une revoyure après la présidentielle. Côté marché du travail, renoncer au gel de la prime d'activité, qui rapporte 332 millions d'euros, moins d'un dixième de la sous-indexation, et développer la retraite progressive, pour que l'âge effectif recule par choix, pas par couperet.

Un effort ciblé et voté vaut mieux qu'un budget imposé par le 49.3. Au Sénat de changer un rabot contesté en compromis juste : protéger les personnes, pas les âges.

Sources