TL;DR
- Le 6 novembre 2026, la Commission a conclu, à titre préliminaire, que le fil « Pour toi » de TikTok enfreint le DSA par un effet de spirale ; TikTok conteste.
- La Commission presse TikTok de donner plus de poids aux préférences des utilisateurs et suggère d'abandonner le temps de visionnage comme signal de recommandation.
- Le fond du problème est une rente d'attention : l'entreprise qui contrôle le catalogue conçoit seule les façons de le trier.
- La Californie interdira, à partir du 1er janvier 2027, des fonctionnalités aux moins de 16 ans, une loi contestée en justice ; l'Europe corrige la conception plateforme par plateforme, lentement.
- Il manque trois choses : des moteurs de recommandation tiers, un fil non profilé proposé dès l'inscription et des tests d'algorithme rendus publics.
Sanctionner TikTok ne suffit pas : l'Europe doit rendre l'attention contestable, avec moteurs de recommandation tiers, fil non profilé proposé à l'inscription et tests publics.
Le 6 novembre 2026, la Commission européenne a conclu, à titre préliminaire, que le fil « Pour toi » de TikTok enfreint le règlement sur les services numériques (DSA). En cause, un effet de spirale : plus l'utilisateur interagit avec des vidéos sur la tristesse, l'isolement ou l'image du corps, plus le fil lui en propose. TikTok juge ces constats inexacts ; aucune décision n'est rendue.
Le vrai problème n'est pas une catégorie de contenus, c'est une rente d'attention. La Commission presse TikTok de donner plus de poids aux préférences des utilisateurs et suggère de cesser de recommander selon le temps de visionnage. Le bouton « pas intéressé », estime-t-elle, peut ne pas suffire.
Le temps passé fait la recette publicitaire. La recommandation personnalisée est une innovation légitime ; elle devient un verrou si l'entreprise qui contrôle le catalogue conçoit seule les façons de le trier.
La comparaison avec les États-Unis éclaire le choix d'instrument. La Californie interdira, au 1er janvier 2027, les fils addictifs, le défilement infini et la lecture automatique aux moins de 16 ans ; Google, Meta et TikTok attaquent la loi au nom du Premier amendement. L'Europe, elle, applique un règlement unique à vingt-sept pays et vise la conception du service. Mais l'enquête sur TikTok a été ouverte il y a plus de deux ans : corriger les plateformes une à une reste lent.
On objectera qu'un fil tiers financé par la publicité maximiserait aussi le temps passé. L'objection est sérieuse. Trois garde-fous y répondent : tout fournisseur de fil resterait soumis au DSA ; d'autres modèles deviendraient possibles, abonnement, éditeur de presse, contrôle parental ; et, pour les mineurs, le fil par défaut exclurait le temps de visionnage comme signal. La concurrence ne garantit pas la vertu, elle donne un public à qui la propose.
Ce qui manque est précis. Côté marché, ouvrir le catalogue à des moteurs de recommandation tiers et proposer le fil non profilé dès l'inscription. Côté public, rendre publics les tests d'algorithme suggérés par la Commission.
Une amende règle un dossier. Un marché de vingt-sept pays rendu contestable change les incitations de toutes les plateformes.
Sources
- Commission preliminarily finds TikTok's 'For You' feed in breach of Digital Services Act for harmful 'rabbit holes' effect (Commission européenne – 6 novembre 2026)
- EU tells TikTok to change 'harmful' For You feed over 'rabbit hole effect' (Euronews – 6 novembre 2026)
- Google, Meta and TikTok sue California to block law protecting kids from social media harms (Euronews – 6 novembre 2026)

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