TL;DR

  • Le 5 novembre 2026, le ministère de l'Intérieur a compté 575 000 manifestants et la CGT près de 1,6 million, à l'appel des syndicats pour de meilleurs salaires.
  • Le Premier ministre réunit syndicats et patronat le 9 novembre à Matignon, avec des marges étroites après le rejet du budget 2027 par l'Assemblée le 4 novembre.
  • Hors Smic, l'État agit sur les bas salaires par les transferts, les cotisations et la concurrence, pas en imposant un taux uniforme.
  • Trois chantiers s'imposent : revaloriser la prime d'activité grâce à une recette prélevée sur les rentes, inventorier puis ouvrir les marchés abrités, et créer une assurance des transitions.

La conférence sociale doit revaloriser les bas revenus, ouvrir les marchés abrités et assurer les transitions professionnelles plutôt que négocier un taux uniforme.

Le 5 novembre 2026, le ministère de l'Intérieur a compté 575 000 manifestants dans 193 cortèges ; la CGT en revendique près de 1,6 million. Les syndicats appelaient à manifester pour de meilleurs salaires. Le Premier ministre réunit syndicats et patronat le lundi 9 novembre à Matignon pour une conférence sociale sur le pouvoir d'achat et les salaires.

Le vrai problème n'est pas de fixer un taux de hausse pour tous. C'est de relever le revenu des moins payés sans renchérir ce qu'ils achètent.

Les marges publiques sont étroites. Le 4 novembre, l'Assemblée a rejeté la partie recettes du budget 2027 à l'unanimité des 458 votants. À partir du 20 novembre, le Sénat examinera la version initiale du texte. Celle-ci vise un déficit de 5 % du PIB en 2027 et repose sur une prévision de croissance de 1 %, que la rapporteure générale du Sénat conteste.

Hors Smic, l'État ne fixe pas les salaires du privé. Ses leviers sont les transferts, les cotisations et les règles de concurrence. Ce qui suit est un raisonnement, non un constat chiffré. Une hausse uniforme du coût du travail pèse d'abord sur les entreprises exposées à la concurrence. Les secteurs fermés aux nouveaux entrants, eux, peuvent la répercuter sur leurs prix. Leur rente agit alors comme un impôt caché sur les ménages modestes. Ce raisonnement doit être mesuré avant d'inspirer la loi.

On objectera que c'est aux employeurs de payer, pas au contribuable. L'objectif est légitime, et la négociation salariale doit avancer. Mais un taux unique traite de la même façon un étudiant et un parent isolé ; un transfert ciblé, non.

Trois chantiers peuvent être ouverts lundi. D'abord, revaloriser la prime d'activité, en la finançant par une contribution sur les actifs improductifs des holdings plutôt que sur l'outil productif. Ensuite, confier à l'Autorité de la concurrence un inventaire chiffré des marchés réglementés qui pèsent le plus sur le budget des ménages modestes, avec un calendrier d'ouverture. Enfin, créer une assurance des transitions inspirée de la flexisécurité danoise : un revenu de remplacement et une formation qualifiante pour qui change de métier. L'idée est de protéger les personnes plutôt que les postes, car c'est en rejoignant un emploi plus productif qu'un bas salaire progresse.

Négocier un taux reconduirait le bras de fer de la rue. Négocier des instruments peut produire des hausses qui durent.

Sources

Pour aller plus loin sur arguments.fr