TL;DR

  • Le 4 novembre 2026, la rapporteure générale du budget au Sénat a jugé « hors sol » la prévision de 1 % de croissance pour 2027.
  • Le HCFP la jugeait déjà optimiste le 1er octobre : la plupart des prévisionnistes se situent un à trois dixièmes en dessous, et les aléas à la baisse sont majoritaires.
  • Le scénario repose sur un rebond de l'investissement privé dont le HCFP juge l'ampleur volontariste, alors que l'investissement est le canal des gains de productivité.
  • Surestimer la croissance la fragilise : les recettes manquantes imposent des gels en urgence, et l'inquiétude sur les finances publiques accroît les risques sur l'activité.
  • Il faut caler la prévision sur la médiane des instituts, sanctuariser les crédits d'avenir dans une programmation pluriannuelle et chercher la marge dans les dépenses de rente.

Surestimer la croissance de 2027 menace la croissance elle-même : il faut une prévision prudente, des crédits d'avenir sanctuarisés et des économies sur les rentes.

Le 4 novembre 2026, la rapporteure générale du budget au Sénat a jugé « hors sol » la prévision de 1 % de croissance pour 2027, socle d'un déficit ramené de 5,4 % à 5 % du PIB. Dans son avis du 1er octobre, le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) la trouvait déjà optimiste : la plupart des prévisionnistes se situent un à trois dixièmes en dessous.

Le vrai problème n'est pas ce petit écart. Le scénario mise sur un rebond de l'investissement privé dont le HCFP juge l'ampleur volontariste, au vu des conditions de financement attendues. Or l'investissement est le canal des gains de productivité. Une prévision ne le décrète pas.

D'où un paradoxe : surestimer la croissance la fragilise. Selon le HCFP, 31 des 48 Md€ de prélèvements supplémentaires attendus viennent de la croissance spontanée, avec un aléa baissier si l'activité faiblit. Les recettes manquantes se compensent alors par des gels décidés dans l'urgence. Et les risques sur la croissance augmenteraient si les inquiétudes sur les finances publiques s'accentuaient, prévient le HCFP.

L'année 2026 l'illustre. Prévue à 1 % en loi de finances initiale, la croissance a été ramenée à 0,5 %, et le déficit de 5,0 % à 5,4 %. Face à un surcroît de dépense, notamment d'intérêts, les mesures de gestion prises en cours d'année ne suffisent pas, à ce stade, à contenir la dépense dans les limites de la prévision initiale, relève le HCFP, qui rappelle qu'elle reste pilotable jusqu'à la fin de l'année. En 2027, la charge d'intérêts de l'État atteindrait 91 Md€, contre environ 79 Md€ en 2026.

On objectera qu'abaisser la prévision serait un aveu d'impuissance. Les risques sont pourtant documentés : le HCFP juge les aléas à la baisse majoritaires, et la rapporteure situe le pays entre les scénarios défavorable et très défavorable de la Banque de France. Mieux vaut voter la marge d'avance que la découvrir en cours d'exécution.

Trois leviers s'imposent. Caler la prévision sur la médiane des instituts auditionnés par le HCFP et sanctuariser, dans une programmation pluriannuelle, les crédits de recherche, d'école et de diffusion des technologies. Chercher la marge dans les dépenses de rente : le projet réduit déjà plusieurs niches fiscales ou sociales, il faut viser toutes celles sans effet démontré sur l'investissement. Lever enfin les barrières à l'entrée dans les secteurs protégés, car la productivité vient d'abord des nouveaux acteurs.

La prudence n'est pas la résignation. C'est la condition pour financer la croissance au lieu de la supposer.

Sources

Pour aller plus loin sur arguments.fr