TL;DR

  • Le 9 juin, la présidence turque de la COP31 a proposé un objectif volontaire : porter la part de l'électricité dans la demande énergétique finale d'un peu plus de 20 % à 35 % d'ici 2035.
  • Sans prix du carbone ni exigence sur l'origine du courant, cette demande nouvelle peut retarder la fermeture des centrales à charbon amorties, qui ne paient pas leurs dommages climatiques.
  • Le mécanisme de transition juste créé à Belém est un État assureur à l'échelle internationale : en couvrant les travailleurs, il rend la fermeture des centrales politiquement supportable.
  • L'Europe doit conditionner ses financements climat à la décarbonation des réseaux, financer en commun le mécanisme de transition juste et défendre un prix du carbone auprès de ses partenaires.

Électrifier, oui ; mais sans prix du carbone ni transition juste financée en commun, l'objectif de 35 % peut retarder la fermeture des centrales à charbon.

Le 9 juin, la présidence turque de la COP31, qui s'ouvre à Antalya le 9 novembre, a proposé un objectif collectif mondial : porter la part de la demande énergétique finale fournie par l'électricité d'un peu plus de 20 % aujourd'hui à 35 % d'ici 2035. L'engagement reste volontaire et non contraignant.

Le vrai problème n'est pas l'ambition, c'est l'indicateur. Une part d'électricité ne dit rien de l'origine du courant. Selon Greenpeace Turquie, citée par l'AFP, le pays hôte compte 37 centrales à charbon actives.

L'électrification est d'abord une politique industrielle : elle décide quels réseaux et quelles capacités seront bâtis pour des décennies. Or une cible de volume, sans prix du carbone ni exigence d'origine, laisse le charbon amorti compétitif, puisqu'il ne paie pas ses dommages climatiques. La demande nouvelle peut alors retarder la fermeture de ces centrales. Voilà l'effet pervers d'une bonne intention : prolonger une rente de situation.

Pour Beyond Fossil Fuels, citée par l'AFP, l'électrification n'apporte de bénéfices climatiques significatifs que si le courant vient des renouvelables. Alden Meyer, d'E3G, le résume : « Si on électrifie et qu'on augmente le charbon, à quoi ça sert ? » L'alternative existe : selon Ember, cité par l'AFP, les renouvelables ont détrôné le charbon dans l'électricité mondiale en 2025.

On objectera que les usages électriques réduisent souvent les émissions, même sur un réseau carboné. L'objectif mérite donc d'être soutenu. Mais ce gain ne justifie pas de prolonger le charbon : il faut garder la cible et corriger l'instrument.

Reste l'obstacle politique : fermer une centrale supprime des emplois et des revenus locaux. Créé à Belém par la décision 2/CMA.7, le mécanisme de transition juste doit soutenir la protection des travailleurs et des communautés dans la décarbonation ; le concrétiser est l'un des enjeux d'Antalya. C'est l'État assureur à l'échelle internationale : en couvrant les travailleurs, il rend la fermeture des centrales politiquement supportable. Protéger les personnes, pas les centrales.

L'Europe n'a pas de prise directe sur le charbon des pays tiers. Elle a pourtant des leviers. Côté public : conditionner ses financements climat à la décarbonation des réseaux, et financer en commun le mécanisme de transition juste, réservé à la reconversion et à l'assurance des revenus. Côté marché : défendre un prix du carbone dans le dialogue sur le commerce et le climat ouvert à la demande de la Chine. C'est l'instrument qui fait payer au charbon amorti son coût climatique, et la condition pour que les ajustements européens aux frontières soient lus comme cohérents.

Électrifier, oui ; avec des électrons propres.

Sources

Pour aller plus loin sur arguments.fr